Tell's Riders
La passion de l'aventure
Clich├ęs
Journal de bord

TELL’S ANGELS

PRODUCTIONS

PRESENTENT :
 

FIVE INTO THE WILD SEVEN

UN ROAD MOVIE A LA LUMIERE NATURELLE

STARRING :

Phil, montant une Road Glide Ultra

Dick, montant une Road Glide Ultra

Dom, montant une Road Glide Ultra

Jim, montant une Electra Glide Ultra

Fred, montant une Street Glide

 

 

4’192 miles (7000km) à travers 7 états dans l'Ouest profond 

Califormia
Nevada
Utah
Wyoming
Montana
Idaho

Oregon
 

 

 



 

                  16 chapitres inédits écrits par Fred le poète !



Chapitre 1. Du mercredi 17 au jeudi 18 août 2011.

Parti de Suisse via Londres, Zurich ou Francfort, Fred, Dick et Phil se retrouvent à Los Angeles, au Courtyard Marriott de Marina del Rey, petit hôtel dont le principal avantage est sa piscine et sa proximité avec la concession Harley Davidson de Bartel’s. Dom et Jim doivent nous rejoindre demain soir.


Empruntant des vélos à Leo, qui s’occupe des locations au sein de la société « Route 66 Riders », nous pédalons en direction de Venice dans l’après-midi, heureux de se dégourdir muscles et articulations après ce très long voyage en avion.

La température est douce et nous flânons sur Ocean Front Walk où tous les freaks se réunissent puis éclusons quelques bières avant de rentrer à l’hôtel piquer une tête dans la piscine. Le soir, nous allons dîner à Santa Monica, au Boa. Toute honte bue, Phil chausse ses lunettes, tel Gepetto, pour examiner le menu.

Le lendemain, une fois que Dom et Jim sont arrivés, nous retournons chez Leo pour prendre livraison de nos machines qui sont superbes, noires et rutilantes et toutes équipées de la nouvelle motorisation 103 cc. Naturellement, nous ne pouvons nous empêcher de faire quelques emplettes à la concession, Phil, Fred et Dom ayant notamment besoin de casques.

Le soir, nous allons dîner au Warehouse à Marina del Rey puis au lit tôt car nous prévoyons un lever aux aurores.

       


 0 KM

Chapitre 2. Vendredi 19 août 2011

de L.A. à Lake Tahoe, CA, 473 miles

 

Réveillés à 5 heures, nous chargeons les mules d’acier dans le parking de l’hôtel puis, comme des bourdons vrombissant, allons prendre notre petit déjeuner au Starbucks du coin. Les cafés et birchers prestement avalés, nous plongeons dans le trafic déjà dense du petit matin et entamons la sortie de Los Angeles. La mégalopole est noyée dans une espèce de smog. Nous nous extrayons sans trop de problème par les autoroutes à huit pistes de ce cauchemar urbain et montons bientôt dans les collines par la 14 qui nous amène à Palmdale. Souvenirs de 2009. Nous avions fait alors cette route de nuit, dans l’autre sens, en descendant vers Ventura.

       

Nous poursuivons sur la 14 jusqu’à Mojave où nous essayons de trouver dans le désert le fameux endroit de stockage des avions de ligne ou militaires non utilisés. Mais le lieu est tenu secret et nous ne faisons que traverser l’aéroport local.

Alors que la température s’élève, chacun prend tranquillement la mesure de sa machine. La route déroule et l’on s’installe dans la chevauchée, se dissolvant lentement dans la chaleur et l’immensité.

La route est assez monotone, traversant une grande plaine sèche et minérale qui file au nord, bordée à gauche par la Eastern Sierra Nevada dont on aperçoit les sommets encore un peu enneigés. Nous nous élevons lentement. Vers Lone Pine, la végétation change doucement et ce sont des odeurs de bruyère et de pins qui nous accompagnent.

Nous nous arrêtons à Bishop pour déjeuner, ayant déjà parcouru près de 300 miles depuis le matin

Nous poursuivons sur la 395 par Lee Vining et le Mono Lake. Arrêt rapide au bord du lac pour vérifier qu’il est bien salé et saumâtre, ce qui nous dissuade d’y aller faire trempette. A la suite du développement de Los Angeles, le lac a vu son niveau considérablement baisser depuis les années 60.

       

C’est ensuite la montée vers Devil’s gate Pass, à plus de 2500 mètres, absorbant un dénivelé de 1000 mètres sans un seul virage  et la descente vers Topaz Lake où nous tournons à gauche sur la 89. Nous franchissons alors successivement Monitor Pass et Luther Pass avant d’atteindre South Lake Tahoe vers 19 heures, au terme d’une étape de 473 miles, soit 780 km. C’est un peu fourbus tout de même que nous prenons des chambres au Best Western Timber Cove Lodge. Apéro au bord du lac dans les couleurs rose orange d’un coucher de soleil très kitsch avant d’aller dîner au Riva grill. Au lit à minuit !
 

 
 
                                                                                            
780 KM (473 miles)


Chapitre 3
. Samedi 20 août 2011
.

De South Lake Tahoe, CA à Ely, NV, 361 miles.

            
 

Ce matin, réveil à une heure normale : sept heures ! La température est assez fraîche : 12 degrés. Petit déjeuner succinct à l’hôtel, fourrage des sacoches et départ sur la mythique 50, surnommée « the loneliest road of America ».

    

On commence par longer le Lake Tahoe, dont l’œil ne vole que des visions fugitives dans les virages d’une route qui monte en larges lacets puis redescend vers Carson City, capitale de l’Etat du Nevada. Nous faisons un arrêt à la concession, o’u sont en train de se rassembler des hot rods et autres voitures anciennes customisées. On traîne un peu dans la chaleur naissante. C’est toujours fascinant de trouver confronté à cette culture de la route et de ses engins telle qu’on la rencontre en Amérique. Ici, on discute avec des gens passionnés qui travaillent leurs véhicules pendant de nombreuses années, fignolant chaque détail pour les transformer en œuvres d’art de la culture routière.

Vers 11 heures, on s’arrache presque à regret de cette atmosphère particulière pour s’élancer véritablement sur la 50. Une dizaine de miles plus loin, nous résistons à la tentation d’aller boire un verre (et plus si entente) au « Lapin coquin » ou au « Krazy Kat » et poursuivons sur cette belle route. Il est vrai qu’elle est peu fréquentée, mais peut-être plus que les textes ne laissaient présager. C’est probablement la rançon des voyages en été. En fait, ce n’est qu’après la ville de Fallon
qu’elle justifie son surnom.

A 80 mph, nous perçons ces immenses plaines sèches entrecoupées de chaînes montagneuses. L’air est épais de chaleur. Les moteurs ronrugissent de bonheur et nous fonçons, écarquillés, jusqu’à plus soif. Les cols sont avalés facilement.

                                                                                                           
Peu de contours, tronçons de route semblant filer à l’infini, température d’au moins 40 degrés. Dessiccation, pourtant. Incroyable dune de sable accolée à une colline. Le ruban de bitume viole des terres arides en un sillon brutalement incongru.

Vers, 13 heures, nous stoppons nos montures brusquement à la vue d’une sorte de relais de poste. C’est Cold Spring, bar-motel au milieu du grand nulle part. Les machines arrêtées et le bruit s’estompant de nos tympans solidifiés, le calme semble impressionnant, sauf que c’est un puissant vent d’ouest qui souffle. Nous remisons nos bécanes à l’ombre d’un hangar et franchissons bottes traînantes la dizaine de mètres nous séparant du bar dans des volutes crissantes de poussière.

Comme toujours, des carcasses de voitures ou autres vestiges de civilisation industrielle sont plantées là, telles les statues décrépites d’un culte oublié.

Nous déjeunons de burgers et de bière et repartons comme des forcenés sur cette route démente. Ici et là, des tornades de chaleur se forment. On franchit le col de Mount Airy Mesa. Bref arrêt à Austin pour faire le plein. Par ici passait le fameux Pony Express, détrôné par le télégraphe après 18 mois d’existence…

Les immensités sont soudain traversées par des cicatrices énergétiques perpendiculaires, transportant  de nulle part à ailleurs l’électricité sur des poteaux de bois, choc des besoins modernes et des capacités millénaires.

Nous atteignons, hallucinés, la ville d’Eureka. Ecrasée de chaleur, elle semble immobile et abandonnée. Malgré des rangées de 4x4 parqués le long des trottoirs, nous ne rencontrant pas âme qui vive, sauf l’épicière qui nous vend un pack de bière que nous sirotons à l’ombre d’un maigre pin en pot. Commerces fermés, bâtiments à l’abandon, c’est pourtant une ville qui connu son heure de gloire, à l’image de son opéra, bâtiment en briques rouges et colonnades blanches un peu incongru aujourd’hui.

      1 véhicule sur 2 est un pick-up.. ici 6 sur 6 !

Alors que l’après-midi est maintenant bien avancé, nous reprenons la route. Pinto Pass, Antelope Pass puis Robinson Pass nous conduisent enfin à Ely où nous arrivons à l’heure où les ombres s’allongent. Cette étape aura été assez semblable à celle qui nous avait mené de Lee Vining à Caliente en 2009.

Nous traversons lentement la ville à la recherche d’un motel. Trouver une chambre se révèle plus ardu que nous l’imaginions. Finalement, nous en dégottons trois in extremis au Nevada Hotel, bâtisse historique qui, avec ses cinq étages, fut un temps l’immeuble le plus élevé du Nevada ! Les chambres nous coûtent USD 44.- chacune. Dick, Jim et Fred se casent dans une, alors que Dom et Phil bénéficient de chambres individuelles. Après une pareille étape, nous sommes bien content d’avoir un lit propre !

                                                  

Le rez-de-chaussée de l’hôtel est occupé par une salle de jeux à l’aspect désuète et décorées d’objets rappelant autant le passé des cow-boys que les riders modernes, avec quelques motos exposées avec mannequins !

Nous sortons dans la nuit chaude et crasseuse. La ville n’est animée que par les gogos attirés par les différents casinos et salles de machines à sous. On y croise des gens de la classe moyenne, beaucoup de gens âgés, des  bandes de femmes mûres habituées à perdre de l’argent mais néanmoins enthousiastes et bruyantes, des ivrognes pouilleux à l’oeil mauvais. L’ensemble dégage une atmosphère de résignation un peu triste, plus que de jubilation.

Nous traversons la rue pour aller manger dans le chinois du coin puis traînons un peu en ville dans l’espoir de trouver un bar sympa. Nous échouons dans un rade miteux pourvu de tables de billard aux tapis troués. La partie musicale est assurée par un duo fatigué. Le temps d’une partie et d’une bière et nous rentrons bientôt nous coucher.

              
580 KM (361 miles)


Chapitre 4
. Dimanche 21 août 2011
.

De Ely, NV à Salt Lake City, UT, 272 miles


Réveil à 7 heures. Dans la chambre des trios, on commence par s’affairer à une leçon de camera GoPro à l’intention de Fred, dont les films jusqu’ici ont surtout montré qu’il était adepte des plans fixes digne d’un Lellouche sous LSD.

Après un petit déjeuner roboratif dans la salle à manger du Nevada Hotel, heureusement partiellement parasitée par un Starbuck, ce qui permet d’assurer un réveil énergique, nous allons visiter l’ancienne gare d’Ely. Un train touristique à vapeur relie toujours la ville à l’ancienne mine de cuivre qui a fait sa fortune passée.

Peu pressés, nous faisons une séance photo sur des wagons désaffectés puis on lance les moteurs et on part plein pot et plein nord sur la 93.

        

                                                                      

La route file droit dans une vallée herbeuse assez sèche parsemée de touffes de végétaux quelconques. La température grimpe assez vite et oscillera toute la journée entre 38 et 45 degrés Celsius. Le ciel est bleu, à peine voilé parfois par des nuages blancs. La prairie est jaune, les montagnes bleutées au loin virent parfois au rouge sombre. Le décor est ainsi planté pour une belle traversée des Schell Creek Range.

Ayant copieusement mangé le matin, personne ne ressent l’urgence de s’arrêter pour déjeuner. Nous limitons donc nos arrêts aux signaux envoyés par la vessie de Dick. A Lage’s, nous bifurquons à droite en direction de Wendover. Grosse bourgade étale le long de l’Interstate 80, à la frontière de l’Utah. On y trouve des stations essence et les habituels motels-casinos à la publicité tapageuse où s’arrêtent une multitude de trains routiers en route vers l’ouest ou l’est.

Nous ne nous attardons pas et empruntons la I-80 vers l’est pour rejoindre Bonneville Salt Flats. Nous quittons alors l’Interstate qui disparaît progressivement dans les brumes de chaleur à mesure que nous nous enfonçons dans la plaine de sel que sont les Salt Flats. Bientôt, nous arrivons sur la mythique piste des records de vitesse.

Arrêtés au milieu de cet aveuglant désert blanc, nous mesurons la folie ou le courage des pilotes qui s’élancent sur cette croûte de sel dure et parsemée de nids
de poule, à plus de 1000 km/heure pour le recordman !        

                                

Nous n’en sommes pas là et roulons prudemment sur ce revêtement un peu traître.

Pour aller à Salt Lake City, il nous faut reprendre l’I-80, ce qui ne nous enchante guère. Nous trouvons donc plus malin de rouler sur la Frontage road qui courre parallèlement à l’autoroute et a en fait été remplacée par celle-ci. Mal nous en a pris car elle est dans un état de semi abandon et les suspensions ne tardent pas à souffrir. Au bout de quelques miles, nous constatons qu’il nous faudra plusieurs heures à ce rythme éprouvant pour rejoindre SLC. Nous renonçons, rebroussons chemin et entrons sur l’autoroute. Nous augmentons alors sensiblement l’allure, ce qui nous permet de franchir les 120 miles assez rapidement malgré un arrêt essence et boissons.

Nous entrons dans Salt Lake City vers 18 heures trempés de sueur et nous nous plongeons avec délices dans la piscine du Crystal Inn où nous avons pris des chambres à USD 88.-.

Dîner pseudo japonais et rounés des bars écourtée, la nuit mormone du dimanche soir n'étant pas folichonne. C'et normal, nous explique un chauffeur de taxi, dimanche est un jour d'église, on ne plaisante pas !

                                                        

 

430 KM (272 miles)

Chapitre 5
. Lundi 22 août 2011

De Salt Lake City, UT à Jackson, WY, 330 miles



Une fois récupérées les différentes lessives enfournées la veille, nous avalons prestement un petit déjeuner minimaliste et filons à la concession, emmenés par Dick. Nous y faisons les emplettes usuelles de T-shirts. Nous quittons ensuite SLC par la 15 Nord. L’autoroute est assez chargée et traverse une zone industrielle dont beaucoup d’usines semblent affectées à la chimie. Nous fonçons à 80 mph pour nous dégager le plus rapidement possible. Nous quittons ainsi la 15 à Ogden et piquons à droite sur la 39 en direction de Woodruff. Très belle route toute en virages dans une vallée assez encaissée qui s’élève lentement jusqu’à une altitude de 2'700 mètres. Comme dit Dick, on dirait de Jura en plus vaste ! Ca vaut bien la peine d’aller si loin !

     

Ensuite, c’est la descente dans un paysage qui s’ouvre progressivement, fait de prairies et de bois de pins moutonnant paresseusement. Nous entrons dans un pays de ranches. A l’horizon, les sommets plus escarpés et parfois encore un peu enneigés des Wasatch Ranges. Finalement nous atteignons la plaine de la Bear River. Nous faisons le plein à Woodruff, dans une station-service tenue par une charmante jeune femme dont le T-shirt proclame fièrement « Testicle Festival » ! Au secours ! Elle m’explique qu’il s’agit d’une fête locale durant laquelle on se nourrit exclusivement de testicules, mais heureusement pas ceux des étrangers de passage !

Phil se retrouve aux prises avec un chien fort démonstratif et bruyant qui lui colle aux pneus avec autant d’obstination qu’un sparadrap au Capitaine Haddock.

                            

Une fois débarrassé de l’encombrant canidé, nous roulons encore une dizaine de miles sur la 16 et nous arrêtons à 13 heures à Randolph, au Gator,  un petit boui-boui au bord de la route. Ce bistro est le seul du bled. D’ailleurs, il n’y a pas vraiment de bled. Tout le monde commande un Mushroom Burger, spécialité de la maison, que nous faisons passer avec des cocas bien frais ou de la Root Beer.

A Sage Junction, nous prenons la 30 pour Garden City, Ovid puis Montpellier. Nous longeons ainsi le Bear Lake, magnifique étendue d’eau nichée dans la vallée. Peu après Garden City, nous pénétrons dans l’Idaho. Après avoir traversé Montpellier, Paris et Bern, la 30 poursuit vers le nord en direction de Soda Spring, Henry, et enfin Freedom, où nous entrons cette fois dans le Wyoming. Trois Etats en une demi journée, c’est pas mal ! C’est encore une route très agréable qui serpente entre les prairies et les champs de blé. Des troupeaux de vaches noires paissent dans ces immenses vallées herbeuses. Nous nous faisons plaisir en enchaînant les courbes dans les montées comme dans les descentes.

A Freeedom, nous passons sur la 89 jusqu’à Alpine Junction. La 89 est une route qui part de Flagstaff, Arizona, jusqu’au Canada, traversant en chemin  pas moins de sept parcs nationaux.

A partir d’Alpine Junction nous entrons dans la vallée de la Snake River que nous remontons jusqu’à Jackson. Cette vallée est grandiose. La région est assez touristique et les Camp Grounds se succèdent le long de la rivière dans laquelle on pratique intensément le rafting.

Vers 18 heures, nous passons les premières maisons et hôtels de Jackson. Nous allons au centre et y trouvons des chambres au Sundance Motel.

Jackson est une ville touristique au centre, façon Santa Fé. Beaucoup de boutiques assez luxueuses, de fournitures pour cow-boys de salon mais aussi d’équipement de randonnée. Le journal nous apprend que The Bernanke, président de la Fed, prononcera un discours ici même dans deux jours.

      

Une fois douchés et habillés de frais, nous allons prendre un verre au Million Dollar Saloon, dont les sièges du bar sont de véritables selles de cheval avec étriers ! Nous descendons ensuite dans la salle du bas où nous dînons de juteux steaks de bisons et de quelques flacons de syrah de F.F. Coppola. La serveuse n’a pas la langue dans sa poche et nous plaisantons volontiers avec elle, les fioles de Francis aidant à la désinhibition.

Nous remontons pour quelques parties de billard dans ce saloon assez animé. Phil remporte une partie assez facilement contre une baleine blonde locale et quelque peu imbibée escortée de son copain qui fait la conversation avec Jim.

En passant par les trottoirs en planches, nous retournons au Sundance avec un léger tangage vers 1 heure du matin. Fred, soudain émerveillé par la beauté blafarde de la salle de bain, la fixe sur pellicule. Au lit !
 
530 KM (330 miles)


Chapitre 6
. Mardi 23 août 2011
.

De Jackson, WY à Cody, WY, 186 miles

Phil, n’ayant pas assez dormi, se réveille d’humeur maussade. Jim a des nains sous le crâne. Les autres ont l’entrain des lendemains de la veille. Nous grignotons sans conviction un petit déjeuner basique au Motel puis allons faire quelques emplettes genre médicaments contre la crève, matériel photo complémentaire et plein d’essence. Tout ceci fait que nous quittons à petite vitesse Jackson par la 89 qui traverse une plaine d’altitude dans les Gros Ventre Range. Peu avant Moose Junction, nous pénétrons dans le parc de Grand Teton. A la guérite des Rangers nous achetons des permis pour USD 20.- valables également dans le Yellowstone tout proche.

                                                                                                                               

A la vitesse limitée de 45 mph, nous faisons une boucle sur la 10 pour se rapprocher des pics de Grand Teton qui se découpent nettement dans un ciel bleu de fin de matinée. Pointes de roche beige zébrée de neige qui s’élèvent jusqu'à 4'200 mètres, contreforts couverts de pins, air vif et soleil commençant à nous réchauffer s’allient pour chasser les miasmes de la courte nuit.

Reprenant la 89, nous longeons maintenant le Jackson Lake, miroir d’un bleu profond dans lequel se reflètent paisiblement les cimes et les forêts de conifères.

Nous entrons peu après dans le Yellowstone par la South Entrance. Dick aperçoit une biche alors que Dom et Fred s’arrêtent pour photographier leur premier bison qui paresse dans les hautes herbes. L’altitude est de 2'500 m alors que nous longeons Lewis Lake.

A Grant Village, nous avalons un déjeuner rapide dans un des restaurants agréés puis nous poursuivons autour du Yellowstone Lake. Phil est toujours de mauvaise humeur, bien qu’il ait eu son chocolat rituel d’après repas. Nous traversons parfois de vastes portions de forêts de pins dont ne subsistent que des troncs gris et des branches se dressant sinistrement comme des croix un gigantesque cimetière de guerre après une bataille de géants. On dirait qu’ils ont été brutalement dépouillés par un incendie aussi violent que rapide. Et puis, à leurs pieds, les jeunes pousses vertes repartent. C’est très étrange et donne une atmosphère de fin de monde.

Au passage de Lake Village, nous allons confirmer nos réservations pour le lendemain. Pas de problème, tout est en ordre.

Nous tournons alors à droite sur la 14 et partons à l’est vers Cody. Franchissant la East Entrance, nous entamons la descente sur Cody par la grandiose vallée de la Shoshone River.

               

Petit à petit la flore change et devient plus sèche. Les forêts finissent par disparaître au profit de clairières herbeuses au fur et à mesure que s’évase le canyon. La route est belle et large et les virages s’enchaînent facilement. Phil en retrouve enfin le sourire car il peut rouler à plus des 70 mph !

C’est de nouveau des ranches qui s’égrènent le long de la route aux abords du Buffalo Bill Reservoir et soudain  la route redevient plate et la petite ville de Cody apparaît. Nous y entrons vers 17h30 et allons immédiatement nous désaltérer chez Irma, vaste saloon. Nous posons ensuite nos sacs au Best Western et allons plonger dans la piscine pour un bain rafraîchissant dans la brise de fin de journée.

Nous allons dîner de steaks juteux chez Cassie’s, à la sortie de la ville, ou les cow-boys locaux se réunissent pour boire des bières et jouer au billard. Un peu comme nous, quoi !

                                       

Le Wyoming se révèle être un Etat magnifique, plein de ranches et de bétail qui fournissent une viande excellente. Dans la journée, nous sommes passés tête nue des fraîcheurs montagnarde à la fournaise de la plaine. Fred en a attrapé une légère insolation.

                 


300 KM (186 miles)


Chapitre 7
. Mercredi 24 août 2011


De Cody, WY, à Yellowstone, WY 155 miles

Nous nous réveillons tardivement car l’étape du jour est petite: il s’agit de retourner dans le Yellowstone. Autant dire que nous pouvons flâner un peu ! Nous traversons la ville pour aller déjeuner chez Granny’s, un diner repéré par Phil qui est allé laver sa bécane un peu plus tôt. Omelettes, eggs and bacon, jus d’orange et café lavasse : voilà de quoi nous caler pour un moment. Es autochtones sont très gentils et serviables mais d’esprit assez conservateur. Leur sens de l’humour n’est également pas le même que le nôtre et comme ils possèdent tous une arme, nous n’insistons pas !

Sur la route, nous voyons parfois passer des motos tirant des chargements plus ou moins encombrants. C’est étonnant de voir que certains motards n’arrivent pas à voyager léger, même si ceux qui viennent du Québec ont probablement des excuses !

Nous allons ensuite visiter le musée de Buffalo Bill, très grand, bien fait et didactique. Une salle est réservée à la faune, la flore et la géologie  du Yellowstone, une autre aux indiens des plaines, une pour les pionniers, une autre est consacrée à Buffalo Bill himself alors que la dernière renferme une des plus grandes collections d’armes à feu des USA. On y retrouve toutes les formes de pistolets et carabines qui ont accompagné notre imaginaire de gosses jouant aux cow-boys et indiens.

       

Nous nous égayons dans le musée, chacun à son rythme, plus ou moins rapidement puis retrouvons dehors Phil, peu porté sur la culture, assis à l’ombre d’un arbre.

Retour en ville où nous passons chez Wayne‘s, Boots and Saddles shop. Phil y acquiert un chapeau de cow-boy blanc pour 10 dollars, Fred des gants fourrés, Dick du cirage pour ses bottes, Dom une ceinture richement décorée.

Enfin paré, nous enfourchons nos montures vers midi et quittons la ville par la 120. Après une vingtaine de miles, nous bifurquons à gauche sur le Chief Joseph scenic highway qui s’élève majestueusement en larges lacets en direction de la Dead Indian Pass. Le paysage est grandiose : à l’ouest, sur notre route, se dressent les Absaroka Range, que Chief Joseph et ses Nez Percés franchirent pour échapper à la Cavalerie US. A l’est, une immense plaine qui ne s’arrête qu’aux Big Horn Mountains.

Arrrivés à la Dead Indian Pass, nous nous documentons sur l’histoire tragique de cette fuite des Nez-Percés luttant avec toutes les ruses possibles pour tenter de survivre à la poursuite meurtrière de l’armée en essayant de rejoindre le Canada. Les montagnes sont hautes, le relief torturé, les canyons profonds et c’est l’hiver. Chief Joseph n’arrivera finalement jamais au Canada.

                                                        

En descendant le col, la route est traître car lézardée de failles remplies de goudron caoutchouteux sur lesquelles les pneus dérapent dangereusement, rendant les virages délicats à négocier.

Plus bas, nous franchissons le pont jeté au dessus des gorges de la Clark Forks River puis rejoignons la 212.

Nous faisons halte dans un café et nous nous humectons la gorge à l’aide de grands gobelets de coca, confortablement assis dans des canapés face au torrent et à la montagne.

La route nous emmène ensuite à l’entrée Nord-Est du parc. Après être entré, nous tournons à Tower en direction de Dunraven Pass en trversant à nouveau des forêts de pins morts. Nous avons appris au musée de Cody que ce phénomène est du à un insecte ravageur et vorace.

Arrêt à Lower Fall pour admirer les chutes de la Yellowstone River qui tombent de plus de 100 mètres dans un fracas permanent, alors que la vapeur d’esu remonte en vagues le long des pentes. Nous avons quittés nos bécanes pour faire un peu d’exercice en descendant vers la plateforme la plus basse.

             

Phil, lui, est parti devant…         

Nous le retrouvons toutefois bientôt et traversons la Hayden Valley au milieu de laquelle coule paresseusement la rivière. 

Soudain, nous rejoignons une file de véhicules arrêtés. Nous croyons à un accident et entreprenons de remonter cette file, sous le regard généralement réprobateur des américains disciplinés pour nous rendre compte que le trafic est en fait bloqué par un troupeau de bisons traversant la route. Une partie des bêtes est sur la rive droite et se jette à l’eau par petites grappes, se laissent dériver puis reprennent pied sur la berge opposée, grimpent lourdement puis se retrouvent sur la route qu’elles franchissent plutôt lentement, nous faisant bien comprendre qu’elles sont ici chez elles.

Ces bovidés sont impressionnants de près. Ils râlent puissamment en exhumant une langue aussi noire que leur œil. Nous les contournons prudemment en estimant qu’elles n’ont pas suffisamment de place pour s’élancer et charger. C’est ainsi que nous passons brillamment notre permis bisons !

En route vers le sud et le Yellowstone Lake, nous nous arrêtons fréquemment dans des zones où la terre fume, bouillonne et exhale des pestilences soufrées.

En fin de journée, alors que l’air s’est maintenant bien rafraichi, alors que nous arrivons au Lake Lodge.

Après une bière désaltérante sur la terrasse du bâtiment de la réception, tout en rondin, en regardant un bison solitaire couché dans l’herbe, nous prenons nos quartiers dans un chouette bungalow niché dans les pins, à un jet de pierre du lac.

Fred  va ensuite chercher de quoi prendre un apéritif plus sérieux au General Store voisin. Vin blanc, whiskey et nachos aux piments tandis que nous nous pomponnons.  Dom El Nero allume un de ses abominables cigarillos mexicains de Villiger, en tire trois bouffées puis l’écrase par terre du talon de sa botte, s’attirant ainsi les foudres de Phil. Le débat sur la biodégradabilité du tabac de cigare est lancé.

Phil ayant réservé une table au Lake Hotel, nous nous y rendons vers 21 heures en pétaradant joyeusement. Cet hôtel date de 1920 possède une immense salle à manger soutenue par des colonnes carrées, précédée d’un bar au moins aussi grand et au charme un peu suranné. Un pianiste compassé y joue les airs habituels de musique sirupeuse qui sied à ce genre d’endroits. Bottés et bardés de cuir et bruyants, notre arrivée ne passe pas inaperçue parmi les tables familiales de gentils randonneurs. Les pères détournent les yeux des filles et les mères se rapprochent instinctivement de leurs enfants les plus petits alors que nous déambulons sur le long tapis étroit qui mène à notre table.

Nourriture correcte et surtout bien arrosée.  Phil nous explique le fonctionnement des avions à érection. La serveuse un peu coincée qui nous est attribuée va assez vite se réfugier dans des tâches ne la mettant pas en contact avec des clients comme nous. Elle est remplacée par une autre nettement plus loquace et amusante qui accepte d’aller boire un night cap au bar du Lodge avant de rejoindre sa copine. Elle nous apprend que sa famille élève des visons, ce qui nous permet de faire des jeux de mots avec bison, malheureusement intraduisible en anglais (Mink/Buffalo, ça vous parle ?).

Le barman, 14 saisons au Yellowstone, reste imperturbable et impeccablement professionnel.

En quittant le bar quelque peu éméchés, nous reprenons les motos et Phil réussit l’exploit de la coucher. Bienvenue au club, Phil !

Pour le malheur de notre voisin, nous papotons bruyamment encore un moment sous le porche avant de décorer artistiquement la porte de Dom, déjà pieuté, avec des bancs en rondins. Renonçant tout de même à amener sa moto sous le porche Phil va alors pisser contre elle. Il est 2 heures quand nous allons nous coucher.

Au milieu de la nuit, un orage violent nous réveille. Fracas du tonnerre, flash des éclairs, pluie.


 250 KM (155 miles)


Chapitre 8
. Jeudi 25 août 2011
.

De Yellowstone, WY, à Yellowstone, WY 112 miles

Acheté des timbres à la poste. Tout le monde s’y souhaite Merry Xmas ! C’est une tradition qui remonte à une année lointaine où, la neige ayant bloqué les touristes un 25 août, ils ont commencé à chanter des chants de Noël dans le lounge de l’hôtel.

                     

Attaquons le Southern Loop, la papille rare et pâteuse. Le Geyser Old Faithful se réveille peu après notre arrivée, ce qui nous permet d’éviter une longue attente car il jaillit toutes les heures ou deux. Dom et Jim arrivent après. Croisons quelques Amish dans leurs vêtements d’un autre age et faisons le plein à la station voisine et poursuivons vers Midway Geyser Basin et la magnifique Grand Prismatic Spring. Plus loin, nous descendons dans le Firehole Canyon. Dick et Fred ne peuvent résister à l’attrait de l’eau (ça nous change de la veille) et, rapidement débarrassés de leurs vêtements, font un bain mythique dans la Firehole River, aux eaux agréablement tièdes. Jim, grand voyeur, n’en perd pas une miette. Phil, et son fidèle lieutenant Dom roulent devant.

                                                                      

Nous bouclons le tour sous quelques averses éparses et revenons au bungalow vers 18 heures, après avoir une fois encore validé notre permis bisons.
180 KM (112 miles)


Chapitre 9
. Vendredi 26 août 2011.

De Yellowstone, WY, à Lost Trail Pass, MT 350 miles

Au petit déjeuner, pris dans la cantine (personnel chinois) du Lodge, Phil nous assène sa phrase du jour: « Avec l’âge, j’ai appris à me contenter de peu ». Dick s’étouffe en entendant cela !

Nous enfilons une petite laine car la température a chuté : il fait zéro degrés à 7 heures ce matin ! Fred étrenne les gants fourrés achetés à Cody. La route est bordée d’amas de grêlons tombés la veille. Alors que les trois premiers foncent dans le froid selon la croyance qu’il vaut mieux aller vite pour avoir plus froid moins longtemps que lentement pour avoir moins froid plus longtemps, Dick et Fred font du tourisme animalier et photographie un beau cerf solitaire dans la brume matinale et un bison fumant.

   

Tout le monde se retrouve à Mammoth Hot Spring pour un tour des concrétions minérales et autres fumerolles puis nous quittons le parc après un long arrêt pipi. Près de la sortie nord, entre un parking et un hôtel, une harde de cerfs, biches et faon est vautrée à l’ombre d’un bouquet de pins dans l’herbe tendre du gazon, semblant apprécier au plus haut point cette tendre salade.

                                                                          

Après ces deux journées de petites étapes, nous sommes prêts à retrouver l’ivresse des grandes chevauchées. Pénétrant dans le Montana, nous descendons la Yellowstone River au nord sur la 89. Alors que celle-ci n’est distante du Missouri que d’environ 80 km à cet endroit, ce n’est que plus de 600 km à l’est que les deux rivières se rejoignent enfin. Les bassins fluviaux de l’ouest des Etats-Unis sont complexes ! Il faut dire que nous ne sommes pas loin du Continental Divide, ligne de partage des eaux Est-Ouest.

       

Nous roulons jusqu’à Livingston. La vallée est large. Des pêcheurs dans de petites embarcations dérivent tranquillement sur la rivière.

Peu avant Livingston, Fred fait le à une station essence où les autres se sont arrêtés pour l’attendre…sans faire le plein ! Commentaires de part et d’autre…

A Livingston, nous empruntons la I-90 avec dans l’idée de progresser rapidement vers l’ouest jusqu’à Butte.Toutefois, à l’approche de Bozeman, Phil nous fait sortir de l’autoroute pour que le reste du groupe puisse faire le plein. Nouveaux commentaires de part et d’autre…

Bozeman est une ville universitaire assez pimpante. Renonçant à un déjeuner trop hâtif car il n’est que midi, nous reprenons l’Interstate et fonçons à plus de 80 mph vers Butte où Phil tient à voir l’hôtel où se passe le film « Don’t come knocking ».

Butte, ville minière à moitié riche et à moitié décrépie est pleine d’enseignes datant des années 60, un peu comme Budapest présente encore les stigmates de la révolution de 56. Ce mélange de passé et de présent stratifié est finalement très américain.

Arrêt déjeuner au Metal Bar, installé dans les locaux d’une ancienne banque. La cave à vin est dans la salle blindée. Hamburger et bières. Nous voilà calés et prêts à reprendre la route après que Phil ait vu l’hôtel Cavalier qu’il cherchait. Traversée de la ville par une artère défoncée jusqu’à la concession. Achats puis reprise de l’artère défoncée pour rejoindre la 15 qui file au sud jusqu’à Divide.

Nous tournons à l’est sur la 43 et remontons la Big Hole River jusqu’à Wisdom en traversant les grandes plaines du Montana. Grands ranches, petits ranches ou granges abandonnées rythment un paysage d’immenses étendues d’herbes jaunies. C’est une ballade formidable et soutenue. La chaleur étant encore montée, nous stoppons dans un bar plutôt animé. Nous buvons quelques bières locales en discutant avec les habitants du coin qui préparent le tournoi de golf annuel qui est organisé sur le champ du voisin.

Après Wisdom la route monte graduellement jusqu’à la Chief Joseph Pass puis redescend jusqu’à la 93. Les ombres s’allongent lorsqu’à 6 miles au nord de l’intersection avec la 93 nous prenons à gauche sur le chemin caillouteux menant au Lost Trail Hot Spring Resort. Nous prenons nos quartiers dans des bungalows en bois assez basiques mais propres et confortables.

                 

Il y a une piscine alimentée par une source d’eau chaude dans laquelle viennent se délasser Dick et Fred qui y rencontrent un couple de retraités parcourant cette partie du pays à vélo.

Excellent dîner bien arrosé proposé par le couple qui tient le lodge. Comme d’habitude à la moitié du voyage, un  certain nombre de dissensions se font jour dans la conversation et comme d’habitude nous les surmontons. Il fait plutôt chaud ce soir, ce qui est surprenant à cette altitude. Et en matière d’amplitude, nous sommes passés de 0ºà 35º ! 

560 KM (350 miles)


Chapitre 10
.  Samedi 27 août 2011.

De Lost Trail Pass (MT) à Boise (ID) 350 miles

Au petit déjeuner, Mary Dell Honey (ça ne s’invente pas) nous propose des pizzas au Nutella ! Quelle expérience ! Nous en profitons pour manger également des pizzas normales. Le tout, cuisiné par son mari Stann Honey, est délicieux.

Dans la belle lumière du petit matin nous descendons la 93 qui longe la Salmon River. La vallée est longue et majestueuse. Odeurs de foin coupé, de pins et de bruyères. Bruit de l’eau, bruit du silence. Nous traversons des forêts de chêne et de bouleau. Cela donne envie de musarder.

Challis, 80 miles plus au sud. A la faveur d’un arrêt pour se dégourdir les jambes, Jim constate une nouvelle fois que son téléphone mobile (HTC) n’est pas fiable. De rage, il le jette par terre puis le fracasse à pieds joints pour l’achever avec une grosse pierre. Aaah ! Ca fait du bien ! Saleté de technologie !

                                                                           

Nous embrayons sur la 75 en direction de Stanley puis passons sur la 21. Nous entrons dans les Sawtooth Range et roulons pendant 60 miles dans la même forêt de pins Ponderosa. Jamais vu un truc pareil !

Lowman est une ville presque morte. Tellement même, que la pompe à essence est à vendre. Comme les réservoirs sont presque vide, nous ne prenons pas le risque de voir plus loin si on peut en trouver et remontons  de quelques miles au New Haven Café et station. Le plein fait, nous nous occupons de nos estomacs. Fred, en cuisine, quatrième mari de la serveuse, nous confectionne d’excellents burgers tandis que sa femme nous conte leurs exploits de chasse : loup géant, grizzli et moose sont accrochés à leur tableau de chasse.

Un motard local nous avertit qu’à partir de Lowman, ça va tourner, ce qu’on ne perçoit pas sur la carte. Et pour tourner, ça tourne ! On enchaîne des lacets très agréables, d’abord à la montée jusqu’à Mores Creek Summit puis à la descente jusqu’à Idaho City une trentaine de miles plus loin. Idaho est une ancienne ville minière restaurée façon Disney. Peu d’intérêt, donc. Nous poursuivons sur cette très belle route et soudain, les gorges et le lac de Arrowrock s’offrent à nous.

Presque sans transition, alors que le trafic se densifie, nous entrons dans la périphérie de Boise.

Nous filons directement au centre de cette agréable ville universitaire et, après un premier essai infructueux dans un hôtel basque, trouvons à nous loger dans un hôtel d’une grande chaîne dont nous tairons le nom parce qu’on l’a oublié.

           

Il fait encore très chaud quand nous sortons prendre l’apéro dans le centre piétonnier. Une passante nous renseigne sur une bonne adresse et nous voilà bientôt accoudé au bar-terrasse du Red Feather. Vin blanc et cocktails nous mettent d’humeur grasse. Nous décidons de poursuivre dans un restaurant repéré par Fred dans le Lonely Planet. Marchant dans la nuit chaude, les sens en éveil, nous dénichons enfin le plutôt huppé  Angel’s où nous dînons fort bien pour fort cher. Et nous replongeons dans la moiteur nocturne pour une tournée chaloupée des bars ponctuée par des arrêts pipi sous les arbres. Coucher à une heure incertaine.

560 KM (350 miles)
 

Chapitre 11. Dimanche 28 août 2011.

De Boise, ID à Lakeview, OR 329 ou 450 miles, selon les versions


Nous récupérons nos bécanes dans le parking de l’hôtel et partons par la 84 faire un tour à la concession High Desert. Nous reprenons ensuite l’I-84 vers l’ouest, Phil devant… Une cinquantaine de miles plus loin, à Ontario, Phil, Jim et Dom, tels des Pieds Nickelés sur des engins vibrants et rugissant, passe à fond les manettes devant la sortie pour Vale et la 20. Fred et Dick, parfois plus observateurs, sortent de l’Intersate et piquent vers le sud-ouest, comme prévu.

Sans top s’en faire, le duo Dick-Fred s’engage dans la plaine de la Malheur River. Collines moutonnantes d’un jaune ocre, sécheresse intense, roche brun-rouge, chaleur de bête. L’idée d’un Oregon verdoyant et montagneux est mise à mal !

                                   

Nous nous arrêtons à Juntura, peu avant la ligne de changement de fuseau horaire. Dans le creux d’un large virage à l’entrée du village, à lp’ombre d’un bouquet de grands arbres, le café « Oasis », le bien nommé, nous ouvre ses portes pour un coca glacé. Notre voisine de comptoir, sympathique jeune fille d’allure vaguement babacool, nous demande si nous sommes en route pour le Burning Man Festival, dans le Black Rock Desert. Ah ! Quel mot magique ! Hélas non, devons-nous lui répondre. Peut-être l’année prochaine !

Nous reprenons la route, rectiligne et sèche, roulant entre 70 mph et 80 mph, ne s’arrêtant que pour se filmer mutuellement. Nous entrons dans Burns 150 mils après avoir quitté Ontario. La petite ville est écrasée de chaleur. Il n’y a pas âme qui vive. Les commerces sont fermés. Nous réussissons à communiquer par SMS avec le trio baladeur qui se trouve encore à plus de 70 miles. Nous subodorons une erreur (due à la fatigue) du Road Kapitan. Mais par où sont-ils donc passé ? Cela nous laisse donc près d’une heure. Comme il est passé midi, nous nous mettons en quête d’un bistro. Nous dénichons le Rhojo’s et nous restaurons de pitas et de salade grecque que nous accompagnons d’un couple de bières.

La patronne nous explique que l’activité économique est réduite dans la région au ranching et…aux chèques du gouvernement depuis que les deux scieries de la ville ont fermé. Quand au fait que la ville soit déserte, c’est parce que tout le monde est parti combattre les feux de forêt vers l’est. Effectivement, nous avons aperçu en venant un immense nuage de fumée du côté de Stinkingwater Pass.

Dick discute avec un autochtone pour savoir si les routes que nous souhaitons emprunter en descendant vers le sud sont praticables, soit la 205 vers Blizzard Gap en traversant le Malheur National Wildlife refuge. La réponse étant peu précise, nous tentons notre chance du côté du bureau du shérif. Nous pénétrons dans le Town hall, totalement vide du haut en bas mais ouvert à tout vents. Apparemment, on ne craint guère les voleurs par ici.

Alors que nous regagnons nos motos, un bruit de pisons surchauffés nous fait tourner la tête. Phil est ses boys entrent en ville. A la station d’essence de l’autre côté de la ville, ils nous expliquent leur périple. Effectivement, Phil situait la sortie à prendre sur l’I-80 bien plus loin qu’elle n’était en réalité. Ils ont donc poursuivi plein nord sur plus de 80 miles jusqu’à Baker City (c’est tout de même long pour se rendre compte d’une erreur !). Ils sont donc redescendu par la 7 jusqu’à Austin (Superbe scenic road semble-t-il) puis la 26 jusqu’à John Day et enfin la 395 jusqu’à Burns.

Nous discutons encore avec un trio de canadiens, deux charmantes femmes néo-baba et leur compagnon un peu décalé qui sont en route, eux, pour le Burning Man.

Deux motards tirant des remorques passent sur la route principale. Depuis quelques jours, nous croisons plus souvent des bikers isolés ou en petit groupes de 2 ou 3.

Eliminant définitivement la variante de la 205 vers Frenchgen pour cause de gravel road probable au-delà, nous piquons sur la 395, d’abord à l’est jusqu’à Riley, puis plein sud vers Lakeview.

             

Phil, probablement vexé, essore la poignée des gaz et disparaît dans le soleil déclinant. Les autres musardent dans cette plaine infinie qu’est le Great Sandy Desert. Des dunes de sable surgissent et moutonnent jusqu’au Lake Albert. La route descend vers ce lac saumâtre mais qui contraste tellement avec la sécheresse environnante qu’on a envie d’y plonger la tête la première. Les bords en sont marécageux et quelques bovins noirs y paissent, parfois rejoints par des oies sauvages. Depuis le lac, il ne nous reste plus que 23 miles à faire pour rejoindre Lakeview où nous retrouvons Phil devant le Best Western local. Nous nous dépêchons d’aller nous plonger dans la piscine de l’hôtel.

Rafraîchis et ayant troqué le jeans de jour, crasseux et tenant bientôt tout seul, pour le jeans de soirée, crasseux et tenant bientôt tout seul, nous tournons un peu dans le bled pour trouver un bistro. Finalement, Dick converse avec un quidam qui nous conduit serviablement jusqu’au Tall Town Café. Nous entrons et sommes accueillis par le shérif qui tance immédiatement Phil qui n’avait pas pris son casque ! En plus, le restaurant, qui s’apparente d’ailleurs plus à un Tea room, ne sert pas d’alcool. Adieu, bière réparatrice et méritée ! Phil fait la tête. C’est sa journée !

On se rattrape avec un verre de whiskey tiré de la bouteille achetée au Yellowstone que nous sirotons denat les chanmbres, jusqu’au moment où l’on se fait chasser par des clients désireux de dormir en paix. Penchés sur la carte à la lumière d’une lampe de poche, nous décidons d’aller tout de même voir Crater Lake afin de satisfaire au désir profond de Crater Jim (notez l’extraordinaire similarité des noms !), après une franche explication virile sur l’utilité de préparer un plan longtemps à l’avance si c’est pour ne pas le suivre, c’est vrai quoi à la fin !


 720 KM  (450 miles)


Chapitre 12 
Lundi 29 août 2011
.

De Lakeview (OR) à Eureka (CA) 430 miles

14 heures en selle, c’est le résumé de cette étape !

Diane debout à 6 heures !

Equipés pour affronter le froid du petit matin. Il fait un petit 7 degrés. Crater Jim a préparé la veille un road book minutieux et nous conduit sur la 140 West en direction de Klamath Falls. Cette fois, c’est Fred qui allume le turbo et passe devant, disparaissant dans la brume, à tel point qu’une vingtaine de miles plus loin il rate l’embranchement  de la route menant à Chiloquin. Réalisation, freinage, demi tour, et le voilà derrière tout le monde ! Nous longeons la Sprague River. Le froid est toujours vif mais le ciel est dégagé. On grelotte tous sauf Crater Jim qui a des poignés chauffantes.

Nous traversons successivement des plaines agricoles puis enfin des forêts de pins. L’Oregon se révèle bien plus diversifié que je ne l’imaginais.

                                                     

De Chiloquin c’est la 62 qui nous fait rejoindre le pied des montagnes dans lesquelles se niche Crater Lake. Nous grimpons une belle route toute en lacets et épingles à cheveux, ce qui occasionne quelques dépassements limites. Mais la vue à l’arrivée en vaut la peine. Ce lac circulaire est d’une beauté à couper le souffle. Son bleu profond est incroyable. Au milieu se dresse l’île Wizard. Ce lac, à plus de 200 mètres d’altitude, faisant 600 m de profondeur est en fait une caldera provenant de l’explosion d’un volcan il y a 500'000 ans. Il s’est progressivement rempli d’eau de pluie et de neige. Il tombe encore une quinzaine de mètres de neige par an. D’ailleurs, on en voit encore un peu en plein mois d’août.

Nous nous réchauffons d’abord avec un café brûlant et des donuts avant de se mettre au soleil pour contempler le lac. Crater Jim disparaît, en transe,  comme aspiré par le cratère. Quand il revient, les yeux fous, nous entamons un tour du lac. Le Rim fait 33 miles aussi, vu la route qui nous attend encore, nous renonçons à en faire le tour complet. Bientôt, nous faisons demi-tour et redescendons la 62, cette fois en direction de Medford. Par delà la ligne des forêts de pins, on aperçoit, à plus de 100 miles à vol d’oiseau, le Mount Shasta, tel un toupet de crème fouetté sur les bandes successives de montagnes bleues de la chaîne des Cascades.

           

La température commence enfin à monter. Nous nous réchauffons progressivement dans la descente. Travesons rapidement Medford, agglomération inintéressante au croisement de l’I-5 et de la 238. Nous pénétrons dans une région viticole. La température et la végétation, assez semblable à celle qu’on trouve dans les Alpes Maritimes, semblent s’y prêter, mais on voit peu de vignes. Par contre, les « vineries » sont légion le long de la route, dont une « Fiasco Vinery » au nom peu engageant. A Jacksonville, petite bourgade proprette et aisée, nous parquons les chevaux d’acier à l’ombre et allons déjeuner au « Ciao Bella ». Le patio est agréable, la serveuse efficace et sympa. Crater Jim est consterné par les commentaires débiles de Phil et Fred. En sortant, la serveuse n’hésite pas à se camper au milieu de la rue pour nous tirer le portrait, mais déjà, le bitume nous appelle et nous nous remettons en selle, débarrassés depuis longtemps des couches hivernales du matin.

Rejoignant Grant Pass, nous prenons à l’ouest sur la 199 en direction de Crescent City et la côte pacifique. Jusqu’à O’Brien, sur une quarantaine de miles, la circulation est dense et le rythme est sans cesse coupé par des ralentissements, des travaux ou des feux de signalisation. C’est fatiguant et pas drôle.

Nous nous ravitaillons en boissons et barres énergétiques dans une épicerie. Un motard local nous dissuade d’aller chercher la 96 plus à l’est en nous certifiant que la suite de la route dans la vallée de la Smith river est plus sympathique. C’est le cas et, peu  après être entré en Californie, nous pénétrons bientôt dans le Redwood National Park avec ses immenses séquoias. La lumière y pénètre difficilement et la température devient subitement plus fraîche. Il y a une atmosphère de conte enchanté. Nous ressemblons à des nains cheminant sur une route sinueuse, entre les troncs énormes et droits, des rais de lumière oblique traversant de ci de là les frondaisons en des fulgurances magnifiques.

Nous ne sommes plus que quatre, Phil ne supportant plus notre façon de rouler, décidément trop musardière à son goût.

Un problème intestinal aussi soudain qu’inattendu oblige Dom à un arrêt d’urgence dans une station service afin de réparer les dégâts d’un fonde ment hors de contrôle.

Tout d’un coup, au sortir de la forêt, c’est l’ouverture brutale à la lumière et la plongée sur Crescent City et le Pacifique. On songe aux pionniers atteignant cette côte signifiant la fin du voyage.

Nous-mêmes nous arrêtons sur la première plage et courrons sur le sable jusqu’à la mer tremper nos bottes dans l’océan.


                                                         

L’après-midi est déjà bien avancé mais on tarde un peu, tout heureux de respirer cet air marin qui vient de si loin. Tahiti, peut-être…

Eureka, où Phil doit déjà nous  attendre est encore à 75 miles et il est 18 heures. Un peu à regret tant il aurait été agréable de prendre un verre sur une terrasse au bord de l’eau, nous levons la jambe pour enfourcher lourdement nos bécanes. La fatigue se fait un peu sentir, accentuée peut-être par l’atmosphère un peu mélancolique du crépuscule.

Nous roulons tout de même assez vite dans la lumière déclinante sur la 101. Fred laisse filer les autres en s’arrêtant au bord de l’océan pour admirer une harde de cerfs et de biches paissant sur une étendue herbeuse entre la route et l’eau. Le soleil rougeoyant commence à se noyer dans la brume montante qui se mélange à la poussière aqueuse des embruns.

Deux mâles entrechoquent sans conviction leurs bois dans un claquement sec sans que les biches y prennent attention. D’autres véhicules se sont arrêtés et leurs occupants une fois sortis photographient la scène, cherchant à fixer un peu de cet instant assez magique. On sent les humains émerveillés devant la tranquille assurance de ce groupe de cervidés un peu incongru à cet endroit.

Arrivée peu après 20 heures au Best Western Humbolt Bay Inn après un ultime obstacle sous la forme d’un contrôle routier. Une quinzaine de policier filtre et contrôle chaque véhicule, mais les motos semblent avoir droit à un traitement de faveur, la maréchaussée nous faisant passer rapidement. Fred râle à propos de la chambre car, dans la suite à trois lits, le troisième est un lit pliant inconfortable. Ayant perdu au tirage au sort, il lui faudra donc dormir par terre. Il goûte moyennement ce service et le fait savoir au Road Kapitan qui s’en lave les mains.

Dîner en ville dans ce qui semble être le seul restaurant ouvert, un italien pas fameux.  Dans la rue, Dom, confiant dans sa stature, demande à une espèce de junkie où se trouve l’ATM le plus proche afin de pouvoir retirer du cash. A la grande surprise de Fred, le junkie ne cherche pas à nous braquer immédiatement, mais nous conseille un bar pour plus tard (probablement pour pouvoir nous détrousser avec ses copains plus tranquillement).Au cours du repas, les tensions de la journée se libèrent, chacun défendant sa façon de rouler avec plus ou moins de mauvaise foi. La question des Elk, Deer et Moose est également débattue avec énergie. Après le dîner, Fred et Phil vont faire un billard dans un bar à la sortie de la ville alors que El Nero et Dick rebroussent chemin sans prévenir. La soirée finit donc un peu en queue de poisson.

690 KM (430 miles)
 

Chapitre 13. Mardi 30 août 2011

De à Eureka (CA) à Sonoma (CA) 348 miles

Au matin, les troupes se saluent avec circonspection après la tension de la veille…

On convient du trajet autour d’une tasse de café et nous nous mettons en route vers 10 heures après un détour par la station service. Au final, nous n’aurons rien vu d’Eureka !

Nous prenons assez rapidement à droite à Loleta en direction de the Lost Coast, dans une variante du plan initial de Phil concoctée par Fred. Sitôt passé Ferndale, jolie bourgade de caractère, la route se dégrade sérieusement en grimpant dans une région de collines boisées. Des nids de poule énormes sont sournoisement tapis dans les flaques d‘ombre et l’on craint à chaque instant de se rompre le dos en même temps que la suspension. Celle qui chute immédiatement, c’est la moyenne horaire car la route se transforme sur certains tronçons en piste africaine. Les hommes et les bêtes souffrent et il devient assez vite évident qu’espérer déjeuner à Mendocino, une cinquantaine de miles plus au sud, est illusoire.

Qu’importe ! La  route est belle ! Plus exactement, les conditions de conduite sont intéressantes !

Tout à coup, au sortir d’un virage dans les bois, le macadam, ou ce qu’il en reste, débouche sur un vaste moutonnement de collines bordant l’océan et ses rouleaux blanc. C’est spectaculaire. Sur les crêtes, on peut voir des lambeaux de brouillard monter de l’océan tout proche. Le vent est fort mais tiède. A voir les prairies de graminées onduler des images de « La ligne rouge » viennent à l’esprit. Chuintement du vent dans les herbes.

La route, que d’ailleurs quelques ouvriers s’affairent posément à réparer avec leurs monstres mécaniques, plonge vers l’eau en tournoyant comme un cormoran. Nous arrivons au niveau des vagues et longeons la côte sur quelques miles avant que la route se remette à monter et descendre dans la forêt de pins et de chênes. Dans ces virages parfois serrés au revêtement approximatif ou plein de gravillons, Fred, comme piqué par une guêpe dans des parties sensibles, attaque à fond, à tel point que Dick et Jim, éberlués, n’arrivent pas à le suivre. Aurait-il ingurgité trop de Red Bull ?

                  

Certain virages sont négociés de manière acrobatique mais on se redresse de justesse et on poursuit cette chevauché infernale à coup d’adrénaline.

Après Petrolia, on se retrouve dans le fond d’une vallée, sorte de cathédrale de séquoias. Il y règne une atmosphère confinée et froide, à la limite de l’oppressant, encore que, une fois qu’on lève les yeux, c’est au contraire vers les cimes que l’on se sent aspiré.

A force de tournicoter, force est de constater que nous n’avons pas beaucoup progressé vers le sud alors que le soleil est déjà au zénith. En fait, la route, bordée par endroits d’immenses eucalyptus, nous mène à l’est où nous pourrons rejoindre la 101.

Sitôt sur cette artère centrale de la Californie, nous poussons les moteurs plus à fond jusqu`à Leggett, puis nous passons sur la mythique 1. A Fort Bragg, nous déjeunons sur le pouce dans un Denny’s. Nous en profitons pour faire le plein d’essence car nos jauges ne nous permettent vraisemblablement pas d’attendre plus longtemps. Il est déjà presque 17 heures. Nous décidons de sauter l’étape de Napa et de descendre le plus au Sud possible, c'est-à-dire jusqu’à ce que la fatigue nous arrête, peut-être même au delà de San Francisco. Nous piquons à nouveau à l’Ouest par la 20 par une belle route virevoltante par des forêts sauvages. Cette fois-ci, c’est Dick qui attaque. Jim manque de rebondir contre le flanc de la montagne dans cette folle chevauchée dans les Ridgewood.  Opération superball manquée !

Enfin arrivés à Willits, nous revenons sur la 101 et faisons pleurer les pistons à mesure que la cadence augmente. Bourre ! Bourre ! Nous dévalons la piste jusqu’à Santa Rosa, les yeux fixés loin devant, le scrotum vibrant, le poignet tétanisé sur la manette des gaz. Du coup, à la faveur d’une pause, nous adoptons le plan B modifié K.2.4 : nous irons dormir à Sonoma, ville au consonances de western fumant que nous atteignons vers 19 heures 30 (renseignements pris, nous avons confondu avec Sonora (pour les westerns, pas pour les sourds)).

                                                                             

Des chambres sont trouvées à L’hôtel El Dorado, bel établissement sur la place centrale et carrée de cette ville au caractère espagnol évident. Une fête, concluant le marché  hebdomadaire, s’ay termine. Les familles quittent lentement l’esplanade engazonnée sous les micocouliers. Des grappes de jeunes filles se promènent langoureusement dans l’air tiède. Promesses d’une douce soirée?

A peine les sacs posés, Jim et Fred plongent dans la piscine, sous l’œil absent d’une tablée de Milf. Tant pis !

Sur recommandation de la réception de l’hôtel, nous dînons excellemment en face, à l’hôtel Sonoma, avec l’impression d’avoir retrouvé un certain raffinement après des jours dans les plaines et forêts sauvages. On y mange bien et on y boit bon, les gens sont sveltes et bien habillés, la région est prospère, probablement grâce aux vignes. Que l’Amérique est diverse !

Au moment du café, nous quittons l’agréable patio pour le bar où nous échangeons sans contrainte le café pour une bouteille de syrah partagée avec trois institutrices locales, dont une coincée grave. Celle-ci devant être ramenée par celles-là (schéma classique), nous finissons la soirée chez Steiner’s pour un billard. Fred nous fait un petit caca nerveux de sa spécialité et va se coucher avant out le monde (et avant même d’avoir pu perdre une partie) 

560 KM (348 miles)

Chapitre 14. Mercredi 31 août 2011

De Sonoma (CA) à Solvang (CA), 350 miles

Cette étape promettant d’être longue et ennuyeuse, nous mettons le réveil sur 06h30 puis nous nous retrouvons au Sunflower Café à côté de l’hôtel qui a l’avantage d’être ouvert à cette heure matinale et de servir de savoureux nachos qui vont nous caler, car on ne sait pas très bien quand sera le prochain arrêt.

Dans la fraîcheur, quittant les collines des vignobles teintées d’ocre et de rose dans la soleil levant, nous rejoignons le flot des banlieusards de la 101 qui descendent travailler dans la baie. Nous nous faufilons habilement dans les embouteillages, du moins pour ceux qui ont l’habitude de conduire à Genève, pour atteindre le Golden Gate Bridge, dégagé de tout brouillard. Peu après Presidio, alors que nous  roulons sur la 19ème Avenue qui est également la Highway 1, donc la bonne direction, Phil s’arrête à un feu orange (pour une fois !) et dit à Fred qui vient s’arrêter sur sa gauche : «  On tourne à gauche ». Sur ce, lorsque le feu passe au vert, il tourne à droite ! Fred continue tout droit. S’ensuit une certaine confusion, les uns s’arrêtant, l’autre faisant le tour du pâté de maisons sans voir les premiers qui eux font des gestes au second qui repart tranquillement sur la 1 et le sud, voie logique.

Récit de Fred, fonçant seul sur la 101 :

C’est un long et morne run qui débute pour atteindre Solvang. A Dale City, environ 10 minutes après avoir perdu les autres, je laisse la 1 pour emprunter la 101. Le trafic est relativement dense, avec parfois des bouchons, mais au-delà de San José ça se dégage un peu. Il fait encore assez frais et au fil des kilomètres le froid finit par s’insinuer partout. Une cinquantaine de miles plus loin, vers Gilroy, je m’arrête à une station service. Plein d’essence, vidage de vessie, une barre céréalée, un Red Bull et une couche supplémentaire, me voilà paré pour la suite. Je remonte sur ma bécane et reprend ma chevauchée infernale. Salinas, San Lucas, San Luis Obispo, j’aligne les miles sans état d’âme, à l’ombre des Santa Lucia Range au-delà des quelles est l’océan. Lorsque la 101 n’est pas une autoroute, elle traverse des étendues de champs de cultures maraîchères. Mes narines sont ainsi successivement assaillies par des vagues odoriférantes d’ail, d’oignons puis de fraises, dont la récolte bat son plein. Les champs sont pleins de machines et de mexicains qui se cassent le dos.

A la sortie pour Solvang, après 300 miles parcourus en solitaire, je m’arrête à la station service pour refaire le plein et en profite pour avoir un échange de textos avec les autres qui donne à peu près ceci :

-Fred : Salut, peux-tu me donner le nom de l’hôtel à Solvang ? 

-Dick : Mais o’u est tu ?

-Fred : Mais à Solvang !

-Dick : Ouais, c’est ça, et nous on est à San Diego ! Enfin, l’hôtel est le Haden, ou un truc comme ça.

Peu après, j’arrive à Solvang et trouve l’hôtel à l’entrée de la ville. Ne sachant toujours pas où sont les autres, je retexte :

-Fred : Salut, le nom de l’hôtel est en fait le Hadsten House and Spa. Les chambres sont réservées. Vous en êtes où ?

            -Dick : Mais t’as mis du propergol dans ton moteur ou quoi ? Nous on s’arrête pour déjeuner à Salinas !

Un rapide calcul me montre qu’ils sont encore à plus de deux heures de route de Solvang. Ai-je roulé comme un malade ou bien ont-ils folâtré ? N’ayant pas la réponse à cette question, je vais m’octroyer un massage relaxant bienvenu après tous ces kilomètres.

Effectivement, deux heures plus tard, je retrouve la bande des quatre à l’apéro près de la piscine. Apparemment, la parthénogenèse inversée a été réalisée une deuxième fois car Phil et Dom sont partis dans une direction quand Jim et Dick allaient se restaurer !

Une fois tout le monde habillé pour sortir, quand il est évidemment trop tard pour visiter des vineries, but de cette étape, nous tournons en ville comme des mauvais garçons à la recherche d’un restaurant que Phil avait aimer lors d’un précédent passage (peut-être est-ce une étape nostalgie ?).

En tous les cas, le Root 246 (ainsi se nomme ce fameux restaurant) nous propose une bonne cuisine et une belle sélection de vins locaux dont nous faisons un petit tour.

           

Après le dîner, Dick, Phil et Fred prennent encore un verre au bar en causant avec des coiffeuses bien dotées, en parole comme en poumons, espérant peut-être rencontrer le succès des protagonistes du film Sideways.

A part cela. Solvang, ville fondée par des danois et ayant conservé ce caractère architectural qui la fait tout de même paraître un peu factice, ne présente guère d’intérêt pour un si peu de temps

560 KM (350 miles)

Chapitre 15. Jeudi 1er septembre 2011

De Solvang (CA) à Santa Monica (CA), 142 miles

Départ paresseux vers 09h30. Plein d’essence puis cap sur la 101 dans la brume froide. On atteint assez rapidement Santa Barbara et la côte que la 101 ne suit pas fidèlement. A Oxnard nous passons sur la 1 afin de rejoindre Malibu. Le Pacifique se réveille, les surfeurs flottent comme des bouchons dans l’attente d’une vague favorable.

Les vagues se fracassent contre les murs de bétons protégeant la route et les embruns nous mouillent. Les motos sont bientôt blanches de sel. Arrêt pour déjeuner au « Chart House » dominant la plage. Poisson et sauvignon blanc.

                                                                                      

Nous arrivons tranquillement au Courtyard Marriot vers 15h30. Il ne reste plus qu’à monter les bagages dans les chambres et à rendre les motos après un dernier check de la part de Leo. Les motos n’ont rien eu durant ces 7'000 kilomètres. Seul Dick garde sa moto car il part demain pour Las Vegas où l’attend Béatrice.

Ensuite, nous partons en taxi pour Santa Monica pour faire quelques emplettes, profitant d’un dollar historiquement bas. Puis, après un apéro dans une sorte de bar à tapas, nous traversons la rue pour aller dîner  au Sushi Roku d’une débauche de sushi et sashimis. Retour en taxi après un dernier verre sur Ocean Boulevard. On se sent un peu orphelins de nos bécanes !


230 KM (142 miles)

Chapitre 16. Du Vendrededi 2 au samedi 3 septembre 2011, Santa Monica, Londres, Genève.

Dick est parti ce matin après nous avoir salué. Phil traîne son spleen à l’hôtel, Jim est allé bronzer à Santa Monica, Dom est à partir et Fred est allé se faire masser par une vieille chinoise qui tente de le briser en mille morceaux avant les longues heures d’avion qui nous attendent. Ca fait du bien quand ça s’arrête !
 

Hé oui, c'est terminé... mais que ce trip était bon !

Allez les gars, ne soyez pas tristes ...




 

THE END
 
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